II. Population
Cette recherche nous a amené
à nous interroger sur différents thèmes et définitions qui ont été indispensable afin de débuter ce travail.
A. Définitions et Constat.
-population: 1, ensemble des habitants d’un espace
déterminé.
2, ensemble des personnes constituant, dans un
espace donné, une catégorie particulière (ex: population rurale).
-quartier: 1, division administrative d’une ville ayant
certaines caractéristiques ou une certaine unité (ex: quartier commerçant ou quartier bourgeois).
-village: 1, ensemble des habitants d’une telle
localité.
2, groupement d’habitations permanentes dont les
habitants en majorité, sont engagés dans le secteur agricole.
-populaire: 1, qui s’adresse au peuple ou public le
plus nombreux, qui est jugé conforme aux goûts dans de la population la moins cultivée.
2, connu et aimé de tous du plus grand nombre; qui
a la faveur du plus grand nombre.
Le quartier du Vallon des fleurs est né en 1959 avec
la mise en place de la politique des logements sociaux en France.
A cette époque, la population de la cité est
composée de personnes issues du milieu rural du moyen pays niçois, de Pieds noirs (venant d’Algérie, Tunisie, Maroc) et d’Italiens.
Progressivement, une population plus précaire dans
les années 70/80 fait son apparition. La toxicomanie se répand parmi les personnes nées dans les années 60/65, ainsi que l’épidémie du sida. Le chômage augmente en même temps que la
population, et le nombre de rmistes. Cela devient un quartier à risque mais pas encore sensible.
En 1971, une légère réhabilitation intervient, mais
seule la couleur des poubelles change.
Un sentiment d’insécurité commence à émerger.
Depuis les années 90 jusqu’à aujourd’hui, on
assiste à un vieillissement de la population. Il y a une perte d’identité de la part de la population et du quartier vis à vis de ces habitants, de la ville, on ne
parle plus de « quartier village ». En effet, autrefois, une réelle ambiance villageoise régnait caractérisé par une entraide et un respect de leur environnement.
La toxicomanie change, la consommation d’héroïne
laisse place au cannabis.
A la différence des périodes précédentes,
l’isolement devient le maître mot du quartier et de ces habitants.
De nouveaux arrivants renforcent cet isolement d’un
point de vue relationnel, il y a moins d’entraides entre les voisins, une perte de dynamisme et un manque de communication.
De plus, on constate que les commerces ont petit à
petit disparus, il n’en reste aujourd’hui que quatre. Les associations disparaissent dans le même temps (association de l’amicale, Maison des jeunes…).
D’un point de vue géographique, le quartier est
enclavé entre la colline, les murs et les résidences.
B. Analyse.
La population du Vallon des fleurs comporte 2 193
habitants dont 1 205 femmes et 925 hommes.
Pour cerner au mieux les besoins de la population
de ce quartier, un questionnaire a été émis. Après avoir interrogé 55 personnes, nous avons procédé au dépouillement. (cf. annexes).
On a pu recenser
24 hommes et 31 femmes sur 55 habitants, toutes les personnes interrogées sont de nationalité françaises.
- 21 habitants ont plus de 56 ans, (17 étant des
femmes et 4 des hommes).
- 12 habitants ont entre 36-55 ans,( 5 étant des
femmes et 7 des hommes).
- 9 habitants ont entre 26-35 ans, (5 étant des
femmes et 4 des hommes).
- 9 habitants ont entre 15-25 ans, (4 étant des
femmes et 5 des hommes).
- 4 habitants ont moins de 15 ans, (4 étant des
hommes).
Ce recensement permet de constater une population
vieillissante.
Les habitants âgés de + 56ans.
Il en est ressorti que 13 habitants de + 56 ans sont
présents dans le quartier depuis plus de 25 ans. 19 sont retraités et veufs (1 homme sur 4 et 9 femmes sur 17).
Leurs revenus sont,
Chez les femmes :
· moins de 600 € pour 11 femmes.
· entre 601 et 1100 € pour 3 femmes.
· entre 1101 et 1500 € pour 3 femmes.
Chez les hommes :
· moins de 600 € pour 1 homme.
· entre 601 et 1100 € pour 3 hommes.
Les habitants âgés de 36ans à 55ans
.
Ils sont pour la plupart dans le quartier depuis plus
de 10ans et sont salariés. 7 sont mariés (2 femmes sur 5 et 5 hommes sur 7).
Leurs revenus sont,
Chez les femmes :
· moins de 600 € pour 2 femmes.
· entre 601 et 1100 € pour 1 femmes.
· entre 1101 et 1500 € pour 1 femmes.
· entre 1501 et 2000 € pour 1 femmes.
Chez les hommes :
· moins de 600 € pour 2 hommes.
· entre 601 et 1100 € pour 1 hommes.
· entre 1101 et 1500 € pour 2 hommes.
· entre 1501 et 2000 € pour 1 hommes.
· Plus de 2001 € pour 1 hommes.
Les habitants âgés de 26ans à 35ans
.
Ils sont pour la plupart dans le quartier depuis plus
de 25 ans et sont salariés. 5 sont célibataires (3 femmes sur 5 et 2 hommes sur 4).
Leurs revenus sont,
Chez les femmes :
· moins de 600 € pour 2 femmes.
· entre 601 et 1100 € pour 2 femmes.
· entre 1101 et 1500 € pour 1 femmes.
Chez les hommes :
· entre 601 et 1100 € pour 1 hommes.
· entre 1101 et 1500 € pour 1 hommes.
· entre 1501 et 2000 € pour 2 hommes.
Les habitants âgés de 15ans à 25ans
.
Ils sont pour la plupart dans le quartier depuis plus
de 10 ans, sont salariés. 6 sont célibataires (3 femmes sur 5 et 3 hommes sur 5).
Leurs revenus sont,
Chez les femmes :
· moins de 600 € pour 2 femmes.
· entre 601 et 1100 € pour 1 femmes.
Chez les hommes :
· moins de 600 € pour 1 hommes.
· entre 601 et 1100 € pour 2 hommes.
· entre 1101 et 1500 € pour 2 hommes.
Par conséquent, sur 55 personnes interrogées :
- 21 personnes perçoivent des revenus inférieurs à
600 €.
- 14 personnes ont des revenus inférieurs entre 601
et 1100 €.
- 16 personnes ont des revenus supérieurs à
1101 €.
Les habitants de moins de 15 ans.
Ils sont tous dans le quartier depuis moins de 5 ans
et sont scolarisés.
Concernant l’évolution du quartier :
- 25 personnes ne constatent aucune évolution.
- 20 personnes constatent une évolution négative.
- 10 personnes constatent une évolution positive.
Sur 21 personnes ayant
+ de 56 ans : 14 parlent d’une évolution négative et 6 n’en trouvent aucune. 1 seule amène une réponse positive.
L’aspect négatif est évoqué en terme de perte de
qualité de vie, de changement de mentalités, de détérioration de l’environnement du quartier.
Néanmoins, 12 personnes des + de 56 ans
disent s’y plaire.
Sur 12personnesde
36 – 55 ans : 6 ne constatent aucune évolution, 3 constatent une évolution négative et 3 constatent une évolution positive. 7 personnes disent s’y plaire.
Sur 9 personnes de
26 – 35 ans : 7 ne constatent aucune évolution, 2 une évolution positive. 8 personnes disent s’y plaire.
Sur 9 personnes de
15 - 25ans : 4 ne constatent aucune évolution, 3 personnes constatent une évolution négative et 2 personnes une évolution positive. 5 personnes disent s’y plaire.
Les habitants de
moins de 15 ans sont mitigés et disent s’y plaire.
Concernant les désagréments apparus dans le
quartier, les termes récurrents sont :
- insécurité
- insalubrité,
- incivisme,
- manque d’animation.
De façon générale, la population n’évoque pas de
sentiment d’insécurité (32/55).
A contrario, ce malaise prédomine chez les
femmes, plus particulièrement chez les26-35 ans (4 personnes sur5) et les + de 56 ans (9 personnes sur17).
50 personnes de la population du Vallon des Fleurs
trouvent le quartier insalubre.
34 personnes disent ne pas participer pas aux
animations de quartiers.
Concernant les relations de voisinage :
La population du quartier connaît son voisinage
(53/55). Il existe une certaine entraide (30/55) mais elle se limite entre les habitants d’un même bâtiment.
Des contacts entre habitants existent (47/55).
Les relations dans le quartier sont qualifiées de
passables ou conflictuelles (25/55) et bonnes (20/55).
Les relations intergénérationnelles :
Elles apparaissent majoritairement comme
passables, conflictuelles ou médiocres (36/55) et bonnes (19/55).
Les relations interculturelles :
Celles-ci ressortent comme étant passables,
conflictuelles ou médiocres (37/55) et bonnes (17/55).
Au sujet de la réhabilitation en cours :
24 habitants disent être satisfait, 17 attendent la fin
des travaux pour se positionner et 14 ne sont pas satisfaits.
Quant aux services de proximité :
33 estiment qu’ils sont insuffisants, 30 ne les
trouvent pas suffisamment accessibles. Plus particulièrement pour les + de 56 ans (18 personnes sur 21).
C. Interprétation.
Les habitants du quartier qui l’ont vu naître ont un
fort sentiment d’appartenance au territoire, c’est à dire qu’ils se sentent dans «un espace d'histoires, habité par la mémoire, les représentations et les usages concrets. » (Philippe MONDOLFO ; Conduire le développement local ; 2ème édition ;
DUNOD ; pg 221).
En effet, ils sont venus s’installer en famille et un bon nombre se connaissaient déjà. Ils ont assisté à l’essor du Vallon des Fleurs et donc à la
construction en 1971.Durant les vingt premières années, le quartier est en pleine ascension sociale. Cette notion s’explique comme «l’élévation d'individu
ou de groupe dans l'échelle sociale », il s’agit de tout «déplacement d’un individu, d’un objet, d’une valeur sociale ou d’un groupe d’une position sociale
à l’autre. » (SOROKIN ; Le lexique des sciences sociales ; 6ème édition ; DALLOZ). Le Vallon des
Fleurs a été qualifié de « quartier village », car il était marqué par l’entraide et le respect de leur environnement. Les personnes venues s’y installer,
recherchaient la tranquillité. C’est ce que leur permettait ce lieu, excentré de la ville et conservant un aspect rural caractérisé par de nombreux
espaces verts. Cependant, le Vallon des Fleurs est géographiquement isolé, «état d'une habitation, d'un lieu à l'écart ». (Le petit Larousse, 2000).
Aujourd’hui, les quelques commerces qui entouraient le quartier ont disparus ; et il est difficile pour les personnes non véhiculées et physiquement
fragilisées d’accéder aux différents services.
Ainsi, le quartier a subit de profondes mutations
dans les années 1970-1980. Beaucoup d’habitants déménagèrent,pour se rapprocher du centre, pour découvrir une autre réalité de la ville. On peut penser
que l’isolement géographique a joué un rôle. Nous verrons par la suite qu’il a entraîné aussi un isolement relationnel. Celui-ci est défini par l’INSEE
comme un fait touchant «des personnes qui n’ont qu’un nombre très faible de contacts avec les autres (sont concernées les personnes âgées et les
personnes socialement défavorisées ayant des ressources faibles et peu diplômées) ».
Dans les années 1990, une nouvelle vague
d’arrivants, essentiellement des quartiers de l’Ariane et des Moulins, s’installa au Vallon des Fleurs. C’est à cette période que le quartier entra dans une
phase de relégation sociale, c’est à dire qu’il fût mis à l’écart. D’un côté, nous avons les nouveaux arrivants qui ont majoritairement de faibles revenus,
des origines culturelles différentes et peu de diplômes. De l’autre côté, nous avons la population vieillissante, habitant depuis de nombreuses années sur le site.
Nous pouvons nous demander si ce phénomène ne
découle pas de la politiques des logements sociaux. C’est à dire, la population y est-elle logée sur critères sociaux, ou est-ce aussi par choix ?
Ceci étant, cette nouvelle cohabitation entraîne des
confrontations. En effet, les premiers habitants ont le sentiment d’appartenir au quartier, à son histoire, les derniers arrivants quant à eux, ont du mal à être
intégrés et acceptés par les plus anciens. Cette situation se manifeste aussi par des actes d’incivismes, «acte, comportement qui manifeste
l"ignorance ou le rejet des règles élémentaires de la vie sociale » (Le petit Larousse, 2004), celles-ci se
rapprochant du phénomène sociétal d’insécurité. On peut alors déduire qu’il existe une difficulté de communication entre les anciens habitants et les
derniers arrivants. Cela peut être une explication possible au sentiment d’insécurité qui émerge au Vallon des Fleurs. L’ignorance culturelle est-elle
responsable ? L’écart générationnel a-t-il un rôle conséquent ? Les jeunes iraient volontiers aider les personnes âgées, cependant, leur langage et leurs
attitudes leur font peur. On peut penser que l’isolement relationnel dont sont victimes les habitants du quartier est le résultat de ces écarts
générationnels, culturels mais aussi de cet isolement géographique. En effet, lorsqu’on revient sur l’histoire du quartier, les habitants se
connaissaient, se fréquentaient et s’entraidaient.
Or, aujourd’hui les habitants se connaissent mais
se fréquentent moins. En effet, la solidarité entre voisins se limite aux personnes d’un même bâtiment.
Le manque de communication actuel, qui s’est
installé avec les flux de population a engendré de l’individualisme. Les personnes ne se font plus confiance. L’entraide n’est donc plus le maître mot
du Vallon des Fleurs. Toutes ces transformations ont abouti à une perte de dynamisme du quartier.
Les personnes âgées ne sortent que pour faire
leurs courses dans les rares commerces environnants. Les jeunes, quant à eux, ne restent pas dans le quartier, ce dernier manquant d’activités appropriées.
Si ce processus persiste et si rien n’est fait pour
redynamiser le quartier, celui-ci pourrait finir par se transformer en «cité-dortoir ». Ce phénomène commence déjà à faire parler de lui tant dans le
quartier que dans la vision que la population urbaine a de celui-ci. En effet, ne serait-il pas judicieux d’entreprendre des actions collectives pour que les
différentes catégories de population puissent communiquer et relancer ensemble l’évolution du Vallon des Fleurs ? Le Développement Social Local
ne serait-il pas une solution ? Comme le décrit Philippe MONDOLFO, il s’agit «d’un processus endogène s'attachant à générer des dynamismes de
la part des populations concernées à partir de leurs ressources propres » (pg 18). « La notion de développement a évolué vers une conception
multidimensionnelle et croisée des facteurs, s'attachant à valoriser efficacement les richesses internes et externes afin de répondre aux besoins
humains essentiels dans les domaines de la santé, de l'éducation, des droits politiques, de la sécurité, etc. [...] La notion ne met plus uniquement l'accent
sur la dimension économique mais incorpore la légitimité et le pouvoir que peuvent prendre les personnes sur les décisions qui concernent leur vie. » (pg 25)
Après avoir pris connaissance des différentes
caractéristiques de la population du Vallon des Fleurs, nous allons à présent mettre en évidence le rôle des professionnels sur le quartier.
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